Intervention de Pascal Conq au Superyacht Design Symposium, le 24/10/2012, à Miami, Florida

Avancées dans la conception des voiliers de croisière performants : Evolution des proportions architecturales



Commençons par "la beauté". Qu'est-ce que "la beauté" pour un bateau ?

Martin Francis nous a dit : "N'oubliez pas la longueur, c'est tellement important", et il a tellement raison !
Bill Tripp nous a montré l'image en noir et blanc d'un voilier de régate centenaire, dessiné par Herreshoff, long, fin, élégant.
German Frers nous a dit une chose à laquelle je crois depuis toujours : "La beauté ne provient pas que de l'harmonie des formes et des lignes, mais aussi du plaisir que le bateau procure à son propriétaire et à son équipage".

Nous pourrions aussi ajouter cette expression courante : "Un bateau rapide est beau"

Ce n'est bien sur pas si simple, tout est question de proportions. Les proportions, c'est l'architecture.

De même que la beauté, les performances proviennent d'un ensemble de proportions. Comme elle, elles évoluent avec le temps, leur acceptation prend longtemps. Comme le dit Francis Martin, après tout, l'emblematique motoryacht Eco est aujourd'hui devenu un classique.

Les principales avancées récentes et l'évolution des performances découlent d'un déplacement important des proportions. Notre FC cube 100' en est l'exemple sur un voilier de 100 pieds.

Les évolutions s'appuient sur 4 vecteurs :

- Les matériaux : Le carbone, le nid d'abeille, la mousse et l'epoxy, disposés et cuits ensemble, permettent un énorme gain sur le poids de la plateforme structurelle. Le carbone est tout simplement l'or de notre époque. Pour le même poids, une pièce en carbone peut être jusqu'à 20 fois plus résistante qu'une en acier inox. Ce gain formidable peut alors être partagé : une part pour l'amélioration du confort, une part pour la performance, et enfin une part pour l'augmentation de la solidité et de tous les facteurs de sécurité.

- L'Open : L'esprit open provient des jauges de course open, et permet de pousser la recherche dans toutes les directions. Il permet d'essayer de nouveaux concepts, à échelle réduite dans la Mini-Transat (que nous avons gagné 5 fois dans les 25 dernières années), et grandeur nature dans le Vendée Globe que nous avons gangé 4 fois. De plus, et c'est essentiel, l'esprit open se rapproche de la croisière, parce que le bateaux sont utilisés seuls ou en équipage réduit.

- Les études : Les nouveaux outils, comme les codes numériques de CFD et d'EF, sont maintenant abordables, précis et utilisables.

- La puissance : L'esprit open permet de gagner du moment de redressement presque gratuit. En utilisant des solutions telles que l'augmentation de la largeur, les ballasts et les quilles inclinables, on transforme complètement les proportions, les rapports et les formes. On gîte beaucoup moins. La puissance provient plus du terme Gz (distance horizontale du centre de gravité au centre de carène) que du terme D (déplacement) dans la formule du moment de redressement Rm=D*Gz.

Diminuer le déplacement permet de le diminuer encore plus, tout est là ! On peut alléger la quille, la position verticale du centre de gravité importe moins.

Cela change les proportions, les formes de coque, la largeur, et tous les rapports voilure/deplacement, puissance/déplacement,...
Les voiliers étaient étroit, ils seront larges, c'est écrit ! Et ça marche !

Et par chance, avec l'augmentation de la largeur, on gagne un volume intérieur très appréciable dans les bateaux de croisière.
La boucle est bouclée...